Face à une crise de la dette qui étouffe les budgets de santé, d’éducation et de climat, les experts et ministres réunis appellent à une réforme radicale et, à terme, au transfert du dossier vers les Nations Unies. Au cours d’une communication, de nombreux panelistes ont évalué l'expérience de l'Afrique avec le Cadre commun du G20 et ont mis en lumière des solutions en faveur d'une architecture de restructuration de la dette souveraine plus efficace et plus équitable.
Alors que les vulnérabilités liées à la dette continuent de s'accentuer sur le continent, le Cadre commun du G20 est devenu le principal mécanisme de restructuration de la dette pour les pays éligibles. Toutefois, les expériences de pays tels que la Zambie, le Ghana, le Tchad et l'Éthiopie ont mis en évidence des difficultés persistantes, notamment la longueur des négociations, les difficultés à obtenir la participation des créanciers privés et les retards qui ont prolongé l'incertitude économique.
Lancé en 2020 par le G20, le Cadre Commun devait accélérer les restructurations de dette pour les pays à faible revenu. Quatre ans plus tard, le bilan n’est pas reluisant selon AFRODAD. "Le Cadre Commun n’a pas fonctionné. Il est lent, ne permet pas des restructurations suffisamment profondes, et est dominé par les créanciers", résume la note présentée par Jérôme Phelps lors de l’activité.
En prenant l’exemple de la Zambie, du Tchad, de l’Ethiopie et du Ghana, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Zambie, première à postuler, a mis 4 ans à obtenir un accord. Résultat : une réduction de seulement 29% de la valeur actuelle nette de sa dette, après avoir été poursuivie en justice par un fonds privé. Le Tchad a obtenu à peine 10% de réduction en 2021. Quant à l’Éthiopie, elle a tout simplement abandonné le processus après le refus de la Chine d’alléger sa dette. Seul le Ghana s’en sort mieux avec 31% de réduction, mais les négociations avec les créanciers privés sont toujours en cours. S’appuyant sur la "Position Africaine Commune sur la Dette" adoptée par les Chefs d’État, AFRODAD et la société civile britannique et du Sud ont formulé 5 exigences à l’attention de la présidence britannique du G20.Des annulations plus profondes, le FMI ne vise que "un risque modéré de détresse". Les pays demandent une marge bien plus grande pour investir dans le développement et absorber les chocs. Suspendre les paiements pendant les négociations, actuellement, les pays doivent continuer de payer. Il faut une "trêve" légale pour éviter que les créanciers privés ne profitent de la situation. Des règles claires pour tous, instaurer une méthodologie unique de "comparabilité de traitement" afin que la Chine, la France et les fonds comme BlackRock fassent le même effort. Inclure tous les créanciers, le Cadre ne couvre que la dette bilatérale. Or la dette privée explose. Elle doit être concernée.
Des lois antifraudes vautours
Adoptés au Royaume-Uni et à New York des législations pour empêcher les créanciers privés d’attaquer en justice les pays en pleine négociation. L’ONU elle-même a encouragé cette piste dans l’accord de juin 2025 sur le Financement du Développement.
Pour AFRODAD, ces réformes ne sont qu’une étape. La solution durable passe par un changement de gouvernance.
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