Payer un fournisseur chinois en yuans plutôt qu’en dollars pourrait devenir plus accessible pour les clients africains d’Ecobank. Le groupe bancaire vient de signer à Pékin d’un protocole d’accord avec le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), l’infrastructure de traitement et de règlement des paiements transfrontaliers en monnaie chinoise. Présent dans 34 marchés africains, il souhaite élargir les possibilités de règlement offertes aux entreprises engagées dans les échanges avec la Chine.
L’enjeu dépasse le choix de la devise inscrite sur une facture. Pour un importateur africain, acheter des marchandises chez le géant asiatique implique de mobiliser des devises, de transférer les fonds, et de s’assurer que son fournisseur sera payé dans les délais convenus. Chaque intermédiaire et chaque conversion peuvent ajouter des frais ou compliquer l’opération.
Le rapprochement avec CIPS vise à simplifier ce circuit. Il survient dans un contexte de marché en expansion, où les échanges sino-africains ont atteint environ 348 milliards de dollars, soit près de 311 milliards d'euros, en 2025, en hausse de 17,7% sur un an, selon les données des douanes chinoises. Les exportations chinoises vers l’Afrique représentaient quelque 225 milliards USD, contre 123 milliards USD d’importations en provenance du continent.
Un intérêt commercial à mesurer au coût réel des transactions
Pour les entreprises africaines, l’avantage potentiel réside notamment dans la réduction des conversions intermédiaires. Lorsqu’un paiement passe d’une monnaie locale au dollar, puis du dollar au yuan, deux opérations de change peuvent être nécessaires. Un règlement directement organisé en monnaie chinoise pourrait en éviter une, à condition que la banque dispose d’une offre adaptée et de liquidités suffisantes.
Cette possibilité ne garantit cependant pas des économies. Le coût final dépendra du taux de change proposé, des commissions de transfert et des conditions auxquelles l’entreprise pourra obtenir des yuans.
Une transaction comportant moins d’étapes peut rester coûteuse si la devise est difficile à mobiliser, ou si la marge bancaire est élevée.
À ce stade, Ecobank n’a publié ni grille tarifaire, ni calendrier de déploiement par pays. Le statut envisagé pour ses différentes filiales dans CIPS n’est pas davantage précisé. Or, le système distingue les participants directs, qui disposent d’un compte et effectuent leurs transactions auprès du CIPS, des participants indirects qui passent par une institution directement connectée. La signature du protocole ne permet donc pas de conclure que toutes les entités du groupe bénéficieront immédiatement du même accès.
Les banques africaines se positionnent sur les flux avec la Chine
L’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large d’Ecobank auprès des entreprises chinoises actives en Afrique. Le groupe, implanté en Chine depuis 2012, a également inauguré de nouveaux bureaux à Pékin. Il s’appuie sur des équipes dédiées à cette clientèle en Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est, pour proposer des services de financement du commerce, de paiement et de gestion de trésorerie. Le développement des paiements en yuans constitue donc aussi un moyen de capter une part plus importante des relations financières entre partenaires africains et chinois.
Ecobank avance sur un terrain où la concurrence s’organise déjà. En juin 2026, Standard Bank et Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) ont obtenu une autorisation de la Banque populaire de Chine pour assurer conjointement la compensation du renminbi dans 19 pays africains. Leur dispositif doit servir de point d’appui aux opérations en monnaie chinoise sur le continent.
Source Tribune via Agence Ecofin
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